Dépassée

Les événements vont trop vites, j'ai l'impression d'être perdue et en même temps de commencer à vivre comme une personne normale à Sydney.

Posté par Constance le 21/04/17

Bon, je vais bien faire attention pour pas tomber dans l'exagération, mais je vais sans doutes faire dans le très descriptif voire un peu perché. Je vous préviens d'avance.

En fait vu que j'ai beaucoup de choses à raconter je vais vous faire un petit plan : d'abord je vais vous parler de mon escapade en solitaire, puis je vais vous parler de mon travail, et enfin on va finir par l'arrivée des deux étudiantes en TC (Techniques de Commercialisation), qui sont elles aussi de l'IUT, et mon ressenti global. Après tout ça fait deux semaines, et j'ai certes pas mal de conclusions mais aussi encore beaucoup de question.

Donc on va commencer par ma petite sortie en solitaire. Pourquoi me demanderez-vous peut être ? Parce que vivre avec quelqu'un h24, ça ne pose pas vraiment de problèmes bien au contraire, mais ça donne un de ces besoins de solitude ! Donc j'ai décidé sur un coup de tête un samedi soir pour le lendemain : "demain je vais où je veux, seule, et je me démerde". J'avais besoin aussi de me prouver à moi même que je sais faire. Que je peux aller toute seule où bon me semble, que je suis adulte, et que pour encore deux mois, Sydney sera ma ville. Je suis donc allée à Darling Harbour pour voir un truc, un seul truc, qu'on a pas en France, ou en tous cas on ne m'en a jamais montré : un jardin chinois.

Le Chinese Garden of Friendship (j'adore ce nom)

Il a été créé en 1800 et beaucoup, je ne me souviens plus exactement, par des immigrés chinois. C'est un jardin somptueux, calme et paisible, avec des lézards (de Sydney, donc pas nos petits lézards à nous, des gros bestiaux) qui se dorent au soleil, des ibis partout et des carpes obèses. On paye 5 dollars l'entrée (environ un peu moins de 4 euros) pour une balade dans les pavillons absolument géniale.

Je n'étais jamais allée dans un gardin asiatique, c'est mon premier. Et franchement, c'était une expérience formidable. Il y avait plein d'enfants, mais ils étaient si tranquilles. En fait l'ambiance déteint sur tout le monde ! J'ai pris plein de très jolies photos, et j'ai même pu manger là bas, assise face au grand bassin.

Et je n'ai pas voulu m'arrêter là. J'avais encore du temps dans ma journée. Alors je suis allée à Circular Quay prendre le ferry pour Manly, une sorte de péninsule très prisée par les baigneurs et les surfeurs, mais aussi par les amateurs de snorkeling. Malheureusement je n'en ai pas fait car le ferry était très long et je suis arrivée tard, mais on va peut être y retourner avec les autres interns (remember mon dernier post).

Sur la plage familiale, on se protège avec des filets anti-requins. Rassurant.

L'endroit avait une atmosphere particulière. Il y avait beaucoup de mondes, en plus on était le dimanche de Pâques. Mais ce qui était intéressant c'était la petitesse de la péninsule. Je l'ai traversée en 10 minutes. Je suis arrivée sur une plage... totalement à l'ombre. On était l'après midi mais le soleil se couche tôt ici, on est en hivers il ne faut pas l'oublier ! Et cette plage est connue pour ses grands pins qui la bordent. Je me suis allongée un peu avant de me balader, puis trouvant qu'il y avait trop de monde je me suis pris le meilleur milk shake de ma vie (à 7 dollars donc heureusement...) et je suis rentrée.

Bon maintenant je vais vous parler boulot. Parce que quand même, si je suis à l'autre bout du monde, à la base c'est pour travailler ! Et je suis très très TRES contente de moi. Je vais vous expliquer.

Cela va paraître un peu caricatural, voire qui attire la pitiée, mais c'est réel, et puis ce n'est pas trop mon but mais il faut bien que je vous décrive dans quel état d'esprit j'étais partie faire ce stage de fin de DUT : j'ai passé 2 ans à trimer pour essayer de rattraper un niveau correct. Être dans la moyenne, c'était mon but. Ma première année à été jonchée de problèmes d'endormissements en cours (qui ont bien failli me faire virer plusieurs fois) dûs à mon hypersomnie, et lors de ma deuxième année, je ne pouvais plus coder. J'ai essayé. Vraiment. J'aurais pu essayer plus fort, je le conçois, mais ma philosophie est que quand quelque chose me fait du mal, alors je fais le minimum et c'est tout. Le développement web a toujours été quelque chose de passionnant pour moi. J'aime créer des sites web ! J'aime mettre à jour mon portfolio, écrire mon blog, j'aime internet. Quand en première année on m'a dit que je devrai faire beaucoup de développement web, ça ne m'a pas gênée, je ne savais pas ce que c'était, je partais de rien, mais j'avais envie d'apprendre ! Au début ça s'est bien passé. Le HTML, d'accord, le CSS, beaucoup moins, et quand on a commencé à aborder le Javascript j'étais perdue. Autant vous dire que mes notes en PHP ne seront pas du tout brillantes ce dernier semestre. J'ai fait de mon mieux. J'aurais pu faire beaucoup plus que de mon mieux, mais je n'ai pas eu envie. Bref. Tout ça pour vous dire que vu que le développement web compte pour une énorme partie de l'UE n°2, ma moyenne est très basse, et je suis 4eme en partant de la fin dans ma classe.

On ne m'a jamais dit que ce que je faisais c'était bien. J'ai un vague souvenir d'un prof disant du bien d'un de mes logos, si. Et un 19 miraculeux en écriture de scénario. Sinon rien. Alors ça fait vraiment du bien quand, au premier travail que je rend, on me dit : "you did a good job". On a reconnu mon travail, qui était une analyse de site avec détection des problèmes et une analyse SEO et social medias. J'ai repensé à ce que ma tutrice de stage nous a dit : "il faut chercher plus, être force de propositions". Alors, en somme comme ce que j'avais fait dans tous mes dossiers de rendus jusqu'ici, j'ai ajouté des précisions, fait un début de stratégie social medias, et fait une belle présentation sur Illustrator. Je suis allée un peu plus loin quoi. Et Michael a apprécié mon travail. Aujourd'hui encore, il m'a fait quelques remarques sur la stratégie que j'avais à rendre, qui doit être revue, mais il m'a dit que ce que j'avais fait était bien. Et ça, ça fait du bien à l'égo mais un truc de fou ! Surtout quand on vous rabâche que le classement est important et qu'il faut être en compétition les uns avec les autres.

Peut être que c'est en rapport avec mon bon boulot je ne sais pas trop, mais ce mercredi, après avoir rencontré mon client principal à Queen Street (ces gens sont bizarres : ils ont un jacuzzi dans leur bureau, si si !! Mais bon je juge pas haha... enfin qu'un tout petit peu), Michael a déposé Léo chez lui à Central, et il m'a payé une glace. Là, on l'a mangée dans un parc, et il m'a montré l'affiche d'un abri bus. C'était l'affiche du film d'animation The Lego Batman Movie. Et il m'a dit : "Tu vois, je t'ai amenée avec moi Constance, parce qu'on va aller voir ceux qui ont fait ce film".

J'étais perdue, faire des films d'animation c'est mon rêve. C'est quelque chose que je ne sais pas si un jour j'en ferai, car la maîtrise des logiciels semble compliquée, mais c'est un véritable rêve ! Nous avons donc roulé un peu, et je me suis vite retrouvée face à une grande fresque murale : "Fox Studios Sydney". Genre ceux qui ont fait Star Wars épisode 3. J'étais ailleurs, sur mon nuage, et en même temps extrêmement connecté à la réalité. Après avoir passé un type qui a vérifié que Michael avait bien rendez-vous avec Jane Milledge, et vérifié que je sois bien avec lui, nous sommes entrés dans le bâtiment de Animal Logic.

Et là, sur le coup, je ne vous cache pas que c'est devenu un des meilleurs jours de ma vie. On a traversé l'open space où des modeleurs et des animateurs travaillaient, passés devant des étagères pleines de prix et de récompenses pour leurs films, et nous sommes arrivés au bureau de Jane. Une femme très gentille, et directrice artistique de Animal Logic. Tout simplement. Bon elle nous fait travailler moi et Michael sur un projet de site pour un cabinet d'avocat donc ça n'a rien à voir, haha, mais je l'ai rencontrée, et ça c'est un contact incroyable. Et le mieux, c'est qu'elle m'a demandé mon avis, posé des questions, m'a montré les photos qu'elle a prise et sa vieille version de photoshop qu'elle a l'habitude d'utiliser, on a vraiment intéragit tous les trois sur son projet : le client, le patron et la stagiaire étrangère avec les yeux qui brillent.

Je crois que je serai reconnaissante à vie vis à vis de Michael pour m'avoir donné cette opportunité. Jane m'a donné sa business card, que je garde très précieusement au cas où finalement je décide de me lancer dans le milieu de l'animation.

Michael m'a fait faire un tour devant les fausses devantures en plein air avant de me déposer chez moi à Ryde.

Aujourd'hui je suis sur plein de projets différents. Mon projet principal reste la stratégie SEO et social media de Queen Street ainsi que corriger les bugs de leur site, mais Michael m'a mise sur plein d'autres trucs : Je vais sans doutes devoir faire le design du site que doit produire Fabien pour Sheriff Minicars, en ce moment je travaille pour Code Red Laser, une salle de jeu de type laser game qui veut refaire le design de son site (je me suis d'ailleurs bien amusée à créer les icônes dernièrement), le design du site de Wentworth aussi, le cabinet d'avocat dont Jane Milledge nous a parlé, j'au ais aussi peut être à donner mon avis sur le design d'un site créé pour une célébrité (on a pas trop de précisions pour l'instant), je suis en train de faire la carte de visite de John, le co-worker de Michael, et aujourd'hui Michael m'a lancée sur un projet avec les deux filles qui viennent d'arriver : on doit produire une stratégie de communication pour Anton, qui veut ouvrir une école de coiffure. Il nous a offert des produits pour cheveux, c'était très gentil de sa part ! Ah oui et je vais peut être aussi faire du design pour Synta, l'association pour laquelle vont travailler les filles aussi.

Ca fait beaucoup de choses ! Mais Queen Street est ce qui me donne le plus de travail, cela reste mon projet principal. Je suis contente d'avoir beaucoup de travail, j'avais peur de n'avoir rien à dire à la soutenance en rentrant en France.

Et ce week-end, vu que mardi c'est Anzac day, on fait le pont : week-end de quatre jours !

Aujourd'hui on a eu une petite réunion avec Michael, Léo et les deux nouvelles arrivantes : Marie-Alice (dit Maria), et Laurène, des étudiantes en Tech' de Co'.Heureusement, Paramatta est plus proche que Revesby, là où est Queen Street. Car pour aller à Revesby, j'ai dû compter 2h30 de trajet ! 5h au total dans la journée ! C'était fatiguant.

Après la réunion et la rencontre avec Anton, nous sommes allées nous promener toutes les trois (car Léo a été réquisitionné par Michael) dans le parc de Paramatta près de la rivière. On a bien fait connaissance, parlé de nos voyages, ces filles sont très cools ! Elles ont beaucoup voyagé, Maria a même vécu un an en Argentine ! Ce week-end on va faire plein de trucs ensemble, entre français, histoire d'apprendre à se connaître un peu. On va être collègues pendant deux mois encore, donc c'est cool de bien s'entendre !

La rivière Paramatta !

J'ai l'impression de me mettre à jour en ce moment. Ou comme si je m'installais des plug-in. C'est un peu bizarre. J'ai l'impression qu'une routine s'installe, et en même temps non, chaque jour où je met le pied dehors apporte son lot de nouveautés. Mon corps s'adapte, je mange peu les midis pour économiser de l'argent, et je sors parfois toute seule juste pour vagabonder.

Dès qu'une difficulté arrive, mon cerveau fonctionne à 100 à l'heure et pond une solution en deux secondes. Mais parfois j'ai même pas le temps : un australien gentil me tombe dessus et m'aide. C'est arrivé trois fois. Je sais pas comment ils font, ils ont un sixième sens ou quoi ? Dans le train quand on s'était trompés de train une fois, dehors alors que je venais d'ouvrir ma carte, arrivée à l'arrêt de bus en me demandant s'il passait à cette heure : il y a toujours eu un vieil australien (oui à chaque fois c'était une personne âgée) pour me demander "Where are you going ?", "Where do you want to go ?", "Can I help you ?" alors que j'aurais pu me débrouiller toute seule. Impressionnant. Ils sont médiums.

Malgré tout ça, j'ai l'impression d'avoir un autre oeil, ou une autre pensée qui se met en place. Je pense beaucoup à mon boulot, le fait d'avoir plein de vrais clients met un peu la pression, mais Michael est assez rassurant je trouve. Je pense aussi beaucoup au fait que je suis à l'autre bout de la planète. C'est bizarre. La gravité fonctionne, le sol est pareil, mais tout ce qui a sur ce sol est différent.

La faune et la flore n'ont rien à voir avec chez nous. Les maisons en briques sans étages sont étranges. La plupart des gens vivent dehors. Il y a des gens qui viennent de partout (mais peu d'africains subsahariens). Un mélange de cultures extraordinaire. Et malgré tout ça je suis la seule femme à avoir des bouclettes ! Elles se lissent toutes les cheveux ou quoi ?

Léo et moi on a aussi eu une discussion politique avec Michael, c'était très intéressant de voir comment un australien voit les élections françaises. Eux ils ont pas de droite et de gauche, ils ont que deux partis, comme les américains. Alors quand il m'a dit : "Le Pen is on the left, isn't it ?" J'ai beaucoup rigolé ! Léo lui a parlé de Macron, et je lui ai parlé de Mélenchon (qu'il a confondu avec Fillon, ou "that guy with scandals"). C'était très intéressant. En ce moment le premier ministre australien annonce, c'est tout récent, qu'il veut remplacer le visa 457, un visa pour les travailleurs étrangers, par un autre visa où il demande une "adhésion aux valeurs australiennes" et une attestation d'un très bon niveau d'anglais. Je ne sais pas trop comment me positionner vis à vis de cette décision. Ce premier ministre à l'air très nationaliste. Et puis qu'est ce que ça veut dire les valeurs australiennes ? Il n'arrête pas de répéter "Australian's First", ça fait fichtrement penser à "America's First", et à la préférence nationale que veut instaurer Le Pen. C'est étrange d'avoir un type comme ça au pouvoir alors que, peut être pas le pays, mais Sydney en tous cas, est une ville incroyablement multi-culturelle. C'est dommage, mais pas mal d'australiens on l'air assez racistes. On en avait croisé un avec Fabien à Bondi Beach, qui clamait vouloir tuer tous les musulmans. L'atmosphère politique est donc... étrange, et j'ai du mal à la cerner pour le moment.

Voilà, c'était Radio Constance, ou Pipelette Constance, comme vous préférez. J'avais beaucoup de choses à raconter et c'était un peu le fouilli. J'espère que ça va haha ! A la prochaine dans un autre post !

PS : J'ai attrapé 2 Kangourex. Haters gonna hate.